2026 ASCO – Session orale
Villejuif, le 29 mai 2026
Un anticorps conjugué-médicament montre des signes d’efficacité encourageants dans les cancers avancés du col de l’utérus
Le Pr Yohann Loriot, chef adjoint du Département d’Innovation Thérapeutique et des Essais Précoces (DITEP) de Gustave Roussy, a dévoilé lors du congrès de l’ASCO les résultats d’une étude de phase précoce qui évalue un anticorps conjugué-médicament (ADC), une nouvelle classe thérapeutique visant à délivrer au cœur de la tumeur le traitement de chimiothérapie. Évalué chez des patientes atteintes d’un cancer du col de l’utérus métastatique ou en rechute, cet ADC a montré des signes encourageants d’efficacité chez des personnes déjà lourdement prétraitées.
Abstract n°5508 présenté à l’oral par le Pr Yohann Loriot le vendredi 29 mai à 16 h 57 UTC-5.
Cet oral figure parmi les 107 présentations au programme de cette édition 2026 de l’ASCO auxquelles prennent part les médecins-chercheurs de Gustave Roussy. Gustave Roussy est présent dans de nombreux champs d’expertise, témoignant de la qualité de la recherche qui y est menée, et de sa reconnaissance à l’international.
À l’échelle mondiale, le cancer du col de l’utérus est le quatrième cancer le plus fréquent chez les femmes, avec environ 660 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Comme le souligne l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)[1], l’incidence comme la mortalité du cancer du col de l’utérus sont plus élevées dans les pays en voie de développement, reflétant de graves inégalités dans l’accès à la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) ainsi qu’aux programmes de dépistage des lésions précancéreuses. En France, le taux de couverture vaccinale contre le HPV, bien qu’en hausse, reste insuffisant. En 2023, 3 159 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus ont été diagnostiqués, et 836 décès ont été enregistrés en 2022. Autant de données qui illustrent l’importance de développer de nouvelles voies thérapeutiques dans cette pathologie.
L’arrivée des anticorps conjugués-médicaments
Chez les patientes présentant un cancer du col de l’utérus en rechute ou métastatique, les alternatives thérapeutiques demeurent limitées et reposent principalement sur la chimiothérapie, l’immunothérapie et les anti-angiogéniques. Ces dernières années ont
cependant vu l’émergence d’une nouvelle classe thérapeutique très prometteuse en oncologie : les anticorps conjugués-médicaments.
Ces traitements innovants fonctionnent comme un « missile guidé » : une molécule de chimiothérapie est couplée à un anticorps, dont le rôle est de reconnaître et de se fixer spécifiquement sur une protéine présente à la surface des cellules cancéreuses. Le mécanisme d’action n’est pas encore totalement élucidé, mais la libération de la chimiothérapie à l’intérieur des cellules tumorales, une fois le complexe fixé puis absorbé, représente l’un des mécanismes d’action les plus probables. Cette précision de ciblage permet d'augmenter l'efficacité du traitement là où il est nécessaire, tout en limitant son impact sur les cellules saines environnantes, et donc les effets secondaires souvent associés aux chimiothérapies conventionnelles.
► Retrouvez les explications du Pr Loriot en vidéo
Un anticorps conjugué visant la protéine NECTIN-4
Le Pr Yohann Loriot a présenté lors d’une session orale au congrès de l’ASCO les résultats d’une étude internationale de phase I/II évaluant un ADC, le CRB-701, développé par le laboratoire Corbus Pharmaceuticals et ayant déjà démontré une activité clinique intéressante dans les cancers ORL. Cet ADC vise la protéine NECTIN-4, exprimée à la surface de nombreux cancers solides, dont 80 à 90 % des cancers du col de l’utérus.
Au total, 72 femmes atteintes d'un cancer du col de l'utérus avancé ou en rechute ont participé à cette étude, dont l'objectif était de trouver la meilleure dose de CRB-701 à prescrire et d'évaluer son efficacité. Les premiers résultats sont encourageants : avec une dose de 2,7 mg/kg, plus d'une patiente sur cinq (22,2 %) a répondu positivement au traitement, qui était administré en monothérapie. Avec une dose plus élevée de 3,6 mg/kg, c'est plus d'une patiente sur trois (37,5 %) qui en a bénéficié. Par ailleurs, une réponse complète au traitement a été observée chez plusieurs patientes, signifiant que l’ensemble des lésions cancéreuses visibles par imagerie ont disparu.
Ces résultats témoignent d’une efficacité notable, d’autant qu’ils concernent une population déjà lourdement prétraitée. Les effets secondaires les plus fréquents étaient surtout oculaires et généraux (perte de cheveux et fatigue). Ces travaux ont d’ailleurs permis de mieux comprendre le mécanisme biologique à l’œuvre dans l’apparition de kératite chez certaines patientes.
« Ces résultats encourageants suggèrent que le CRB-701, un anticorps conjugué-médicament de nouvelle génération ciblant la protéine NECTIN-4, pourrait représenter une option thérapeutique prometteuse pour les patientes atteintes d'un cancer du col de l'utérus en rechute ou métastatique, une pathologie qui bénéficie encore de trop peu d'avancées thérapeutiques à l'échelle mondiale. Ces travaux sont néanmoins préliminaires, et des études de phase III sont indispensables pour confirmer ces données à plus grande échelle », conclut le Pr Yohann Loriot.
Abstract n°5508
A phase 1/2 study of the next-generation nectin-4-targeting antibody-drug conjugate CRB-701 (SYS6002) in patients with recurrent or metastatic cervical cancer.
Oral abstract session présentée par le Pr Yohann Loriot.
Vendredi 29 mai 2026 | 16h57 UTC-5.
► Lire le communiqué de presse en PDF
[1] Organisation mondiale de la Santé. (2 décembre 2025). Cancer du col de l'utérus. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/cervical-cancer

